L’insuffisance cardiaque est une pathologie chronique à fort impact pour la vie des patients, associée à un risque élevé d’hospitalisation et de mortalité, particulièrement dans les zones médicalement sous-dotées où l’accès aux soins spécialisés est limité. Dans ce contexte, les programmes de prise en charge à distance (remote management, RM) suscitent un intérêt croissant comme levier d’amélioration du suivi et des résultats cliniques.
L’étude Florence 2025, une étude multicentrique française publiée le 19 mars 2026 a évalué l’efficacité d’une organisation structurée autour d’un centre de télémédecine (suivi multiparamétrique, télé-titration, réévaluation quotidienne à distance, gestion des épisodes d’aggravation à distance) chez 1 040 patients insuffisants cardiaques, dont près d’un tiers résidaient en zones sous-dotées. L’étude reposait sur une collecte régulière, via CareLine Solutions de données cliniques (poids, pression artérielle, fréquence cardiaque), biologiques (BNP/NT-proBNP, fonction rénale, électrolytes), symptomatiques et issues de dispositifs cardiaques implantables, avec analyse centralisée par une équipe spécialisée.
Sur un suivi médian de 20 mois, le taux combiné mortalité toutes causes + hospitalisation non programmée de 13,7 % par an (similaire à l’étude HERMeS), nettement inférieur aux 30–40 % d’hospitalisations rapportés dans des populations comparables hors programme de télésurveillance. Surtout, sur ce critère composite aucune différence significative n’a été observée entre les patients vivant en zones médicalement sous-dotées (MUA) et ceux vivant hors MUA dès lors qu’ils bénéficient d’un même programme structuré de télésurveillance multiparamétrique via CareLine IC. Après ajustement sur les principaux facteurs pronostiques, la résidence en zone sous-dotée n’apparaissait pas comme un facteur associé au risque d’événement.
Ces résultats montrent que les bénéfices de la télésurveillance sont observés malgré un déficit de relais médical de proximité, inhérent à ces territoires, et en dépit d’un traitement de fond initialement sous-optimal (les patients issus des zones médicalement sous-dotées présentaient en effet une moindre prescription des inhibiteurs du système rénine–angiotensine–aldostérone). La surveillance rapprochée, la détection précoce des signes de décompensation et la possibilité d’ajuster rapidement les traitements semblent compenser les limitations d’accès aux soins locaux.
Au-delà de la démonstration d’efficacité, cette étude met en évidence le potentiel des solutions de télésurveillance multiparamétrique pour réduire les inégalités territoriales de santé. En apportant une expertise spécialisée à distance, ces dispositifs contribuent à sécuriser le parcours de soins des patients les plus à risque, tout en limitant le recours aux hospitalisations.
Ainsi, la prise en charge à distance s’impose comme un modèle organisationnel pertinent pour la gestion de l’insuffisance cardiaque, avec des implications importantes en termes de santé publique, d’efficience du système de soins et d’équité d’accès aux traitements.
Auteurs : Jeremy Florence, MD, MPH,a,b Sylvain Ploux, MD, PHD,c,d Clément Riocreux, MD,a F. Daniel Ramirez, MD,e,f Solenn Toupin, PHD,b,g Théo Pezel, MD, PHD,b,g Guillaume Clerfond, MD, PHD,a,h Romain Eschalier, MD, PHD
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