Télésurveillance de l’insuffisance cardiaque : une prise en charge renforcée au CHU de Brest

L’insuffisance cardiaque est une pathologie chronique complexe, marquée par des phases de stabilité et des épisodes de décompensation parfois brutaux. Elle nécessite un suivi étroit,…
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equipe IC CHU BREST

L’insuffisance cardiaque est une pathologie chronique complexe, marquée par des phases de stabilité et des épisodes de décompensation parfois brutaux. Elle nécessite un suivi étroit, réactif et coordonné entre les différents professionnels de santé.

Au sein du CHU de Brest, le Professeur Mansourati travaille en collaboration avec le Dr Ombeline Paglia, cardiologue, et Véronique Page, infirmière en pratique avancée (IPA) spécialisée en insuffisance cardiaque, ils ont intégré depuis plusieurs années la télésurveillance dans leur organisation de soins. Elles mettent en lumière l’intérêt majeur de cette approche pour améliorer la prise en charge des patients au long cours.

Anticiper plutôt que subir les décompensations cardiaques

L’un des principaux bénéfices de la télésurveillance de l’insuffisance cardiaque réside dans la capacité à détecter précocement les signes annonciateurs d’une décompensation. La prise de poids rapide, l’apparition d’une asthénie, une baisse de la tension artérielle ou encore des symptômes fonctionnels discrets peuvent être repérés avant que la situation ne devienne critique.

Grâce à un suivi quotidien des données transmises par les patients, l’équipe soignante dispose d’un « regard continu » sur l’évolution clinique. Comme l’explique Véronique Page : “ Les signaux sont parfois faibles, mais leur analyse dans le temps permet d’anticiper et d’agir plus tôt : adaptation des traitements à domicile, appel téléphonique pour évaluer la situation réelle du patient, ou organisation rapide d’une hospitalisation programmée lorsque cela est nécessaire.

Ombeline Paglia acquiesce : “Cette anticipation change profondément la trajectoire de soins : on évite d’attendre plusieurs semaines une aggravation majeure, et surtout, on limite le recours aux urgences. Les patients connus peuvent être admis directement en cardiologie, dans de meilleures conditions, à un stade plus précoce de la décompensation.

La télésurveillance du CHU de Brest est basée sur une organisation qui favorise l’orientation optimale du patient, en l’inscrivant dans un parcours de soins hospitalier plus fluide et efficace.

Un bénéfice clinique et organisationnel

La télésurveillance ne se résume pas à une simple collecte de données. Elle s’intègre dans une organisation structurée, reposant sur un rôle central : celui de l’infirmière (IDE, IPA ou ISPIC). Ombeline Paglia explique : “ À Brest, nous avons fait le choix que ce soit notre infirmière internalisée qui assure le télésuivi. Elle connaît les patients, leur histoire, leurs fragilités, mais aussi les médecins, les circuits d’hospitalisation et les ressources du territoire ce qui lui permet d’agir vite et de façon pertinente. Pour nous, c’est fondamental que ce soit une infirmière du service qui gère la télésurveillance des patients atteints d’insuffisance cardiaques.

Véronique Page explique son quotidien : “J’assure le tri, l’interprétation et la priorisation des alertes. J’évalue notamment leur pertinence, contacte le patient si besoin, renforce l’éducation thérapeutique et travaille en étroite collaboration avec les cardiologues pour la prise de décision. Cette proximité est essentielle : elle permet une réactivité accrue et une prise en charge réellement personnalisée, loin d’une gestion externalisée et standardisée des alertes.”

Du point de vue médical, cette organisation favorise une meilleure continuité des soins entre la ville et l’hôpital. Les échanges avec les médecins traitants, les infirmières libérales ou les autres IPA du territoire sont facilités. La télésurveillance devient alors un outil au service d’un parcours coordonné.

CareLine Solutions au coeur de la télésurveillance de l’insuffisance cardiaque

Le CHU de Brest utilise parmi ses solutions la plateforme CareLine Solutions pour assurer la télésurveillance de ses patients atteints d’insuffisance cardiaque. La solution centralise, chaque jour, les données du patient (poids, symptômes, constantes..) et émet des alertes de manière structurée permettant d’identifier rapidement les situations à risque.

Pour Véronique Page, l’intérêt de Careline Solutions réside dans sa capacité à soutenir le travail clinique sans s’y substituer : « La plateforme nous aide à avoir une vision globale et à prioriser les alertes, mais elle ne remplace jamais l’analyse clinique ni l’échange téléphonique avec le patient. Les données prennent tout leur sens quand elles sont remises dans le contexte. »

La simplicité des objets connectés et des applicatifs proposés est également un atout majeur pour l’adhésion des patients. Les balances connectées, qui transmettent automatiquement les données sans manipulation complexe, facilitent l’utilisation au quotidien, en particulier chez les patients âgés ou peu à l’aise avec le numérique. Comme le souligne Ombeline Paglia : « Plus le dispositif est simple, plus les patients l’utilisent correctement. Pour certains, le fait de juste devoir monter sur une balance sans avoir à gérer une application est déterminant. »

À l’inverse, pour des patients plus à l’aise avec le numérique et qui comprennent bien leur maladie, l’utilisation du smartphone fourni par CareLine Solutions est tout à fait adaptée. “Il permet un suivi plus interactif et renforce l’implication du patient dans sa prise en charge.” précise Véronique Page.

Cette diversité de modalités d’équipements des patients constitue un véritable atout : elle permet d’adapter la solution au profil, aux capacités et aux préférences de chaque patient, condition essentielle à l’efficacité de la télésurveillance sur le long terme.

Une expérience rassurante pour les patients

Pour les patients, la télésurveillance apporte un sentiment de sécurité important. Savoir que leurs données sont suivies régulièrement, qu’un professionnel les connaît et les appellera en cas de problème, est particulièrement rassurant, notamment pour ceux qui vivent loin de l’hôpital ou qui ont déjà connu des hospitalisations répétées.

De nombreux patients deviennent plus acteurs de leur maladie : ils comprennent mieux les signes d’alerte, adhèrent davantage au traitement et aux règles hygiéno-diététiques, et s’inscrivent dans une relation de confiance avec l’équipe soignante. Cette relation humaine est primordiale ” souligne Véronique Page